[Ils font le web] – 10 questions à Guillaume Decugis, Scoop.it
Sarah Roy
En véritable curieuse du web et de ceux qui font le web, je vous propose aujourd’hui une nouvelle rubrique sur WebTribulation, qui partira à la découverte de start-up et de leurs créateurs, à travers 10 questions. Ces questions vous permettront d’en savoir plus sur le comment et le pourquoi de ces entreprises, et sur le quotidien de leurs fondateurs. Mais surtout, ces questions visent à « désacraliser » l’entrepreneuriat, vous en faire découvrir les coulisses, et – je l’espère – vous inspirer !
Pour la première édition de ce rendez-vous, nous avons interrogé Guillaume Decugis, co-fondateur de Scoop.it (présenté sur WebTribulation ici) et entrepreneur français reconnu, notamment pour son travail au sein de Musiwave.
1. Présentez nous votre service comme si vous l’expliquiez à votre mère
Scoop.it permet de créer un magazine Web sur son sujet de prédilection de façon très simple: en y publiant des liens vers des contenus Web pertinents. Le service permet de les éditer en leur ajoutant du contexte: commentaire, titre, image, etc. Il s’agit de faire le travail du rédacteur en chef, plutôt que celui du journaliste comme d’habitude sur les blogs. Scoop.it suggère en permanence des liens Web relatifs au sujet choisi pour inspirer l’utilisateur, qui décide ensuite de ceux qu’il veut publier. Il peut également publier n’importe quelle page Web trouvée au hasard de sa navigation et de la même façon l’éditer et la mettre en valeur de façon très simple. Ce procédé que les américains appellent « curation », couplé à l’approche « topic-centric » de Scoop.it en font une plateforme de publication à part, à la fois différente des blogs et des services de micro-blogging, comme Twitter.

2. Quelles sont vos actualités et vos projets pour les mois à venir ?
Depuis le début de la beta privée fin 2010, nous n’avons cessé d’améliorer le produit. En nous concentrant d’abord sur la publication. Aujourd’hui nous sommes ravis des retours utilisateurs et des résultats: Scoop.it est devenu une nouvelle forme d’expression qui ne passe pas par la création de contenus mais par leur édition. C’est plus simple, plus accessible et ça permet donc de développer plus vite son audience et de faire connaître son expertise sur ses sujets favoris. Scoop.it permet à ses utilisateurs de se faire entendre sur le Web.
Dans les mois qui viennent, on va se concentrer sur plusieurs choses. Tout d’abord la découverte, c’est à dire le fait de permettre aux utilisateurs d’explorer les contenus publiés dans Scoop.it et de trouver ceux qui les intéressent. L’ambition est de créer le premier média social « topic centric » où l’on puisse non seulement publier mais aussi suivre des contenus par sujets et non pas en suivant des gens ou des amis. Et donc avoir le signal sans le bruit. Par ailleurs, nous avons publié notre API grâce à laquelle nous allons nous développer sur le mobile avec diverses applications en cours de réalisation. Enfin, nous préparons une offre premium à destination des entreprises et des professionnels pour leur permettre de tirer encore mieux partie de Scoop.it grâce à des fonctions avancées.
3. Comment avez-vous trouvé le concept/l’idée de votre start-up ?
En fait, plus jeune, je voulais être écrivain mais je ne suis jamais passé à l’acte. Quand les blogs sont apparus, je me suis dit « c’est l’occasion » mais je n’ai pourtant jamais réussi à en démarrer un. Manque d’inspiration, manque de temps, etc. Tenir un bon blog reste quelque chose de compliqué. Twitter était censé simplifier ça quand on le qualifiait de « microblogging » mais en fait, si l’expression est simple sur Twitter, développer des followers, trouver la bonne inspiration reste compliqué. C’est sur ce constat de complexité de l’expression Web que nous nous sommes rejoints avec Marc Rougier, mon associé, et pas mal de gens de l’équipe actuelle de Scoop.it. Il nous paraissait que l’histoire ne s’arrêterait pas à Twitter et qu’il restait quelque chose à faire. Nous avons d’abord travaillé sur ces idées sur le mobile, en créant Goojet, une appli pour smartphones de « social news ». Si l’appli a été un vrai succès en France avec plus d’un million de downloads à fin 2010, le mobile ne nous permettait pas d’aller aussi loin qu’on le voulait et nous sommes arrivés à cette idée d’une plateforme Web de publication « sans blogger » qui est donc devenue Scoop.it.

4. Qu’est-ce qui vous a poussé à devenir entrepreneur ?
D’abord le fait d’avoir fini mes études dans la Silicon Valley, à Stanford où la plupart des étudiants bossent sur la start-up qu’ils monteront après avoir eu leur diplôme. Ca m’a permis de comprendre que l’échec n’était pas un drame et aussi le système du capital risque qui fait qu’on peut monter une boîte sans forcément galérer 10 ans. Ensuite, sans doute le fait de ne pas vouloir faire comme tout le monde: je suis devenu entrepreneur juste après l’explosion de la bulle internet en 2000/2001 au moment où beaucoup d’ex-startupers des années 90 revenaient dans les grandes boîtes. Et enfin, une rencontre: avec Gilles Babinet et Nicolas Pelletier, mes associés dans Musiwave, dont l’idée était de développer des services de musique sur mobile, une idée que j’avais proposée lors de mon premier cours d’entrepreneuriat à… Stanford. Je me suis dit que ça ne pouvait pas être une coïncidence!
5. Quels sont les bons et les mauvais côtés de votre vie d’entrepreneur ?
Les bons: la liberté, la possibilité de concrétiser ses idées, le fait de choisir les gens avec qui on travaille et la fierté qu’on éprouve à construire. Les Américains parlent de « changer le monde » et c’est dur de dire ça en français sans rigoler ou avoir la grosse tête mais en fait, si on le prend à un niveau relatif, la plupart des startups changent le monde à un degré plus ou moins important. Et c’est vrai que c’est très excitant.
Je ne sais pas s’il y a vraiment des mauvais côtés. Ce que je vois, c’est qu’il y a des gens qui n’aiment pas l’incertitude qui est liée à la vie d’entrepreneur. Que ce soit les bonnes nouvelles ou les mauvaises, on vit tout avec plus d’amplitude. Certains n’aiment pas ça mais on ne peut pas choisir cette vie si c’est la destination qu’on cherche sans aimer le voyage.
6. Quelle est l’entreprise web que vous auriez aimé fondé ?
Spotify. Musiwave était une super histoire mais nous étions loin d’avoir pu faire tout ce dont on rêvait pour la musique digitale. L’équipe de Spotify est en train de le faire, avec un succès commercial impressionnant.
6. Quels entrepreneurs vous inspirent ?
Ceux qui ont réussi plusieurs boîtes.
8. Quels sont les trois services technologiques dont vous ne pourriez pas vous passer ?
Spotify donc… Mobile Me: je dois être le seul, je sais, mais je synchronise tout avec et je ne saurais pas faire sans. Skype: toute la boîte tourne dessus et c’est primordial vu qu’on est multi-sites et multi-pays (US et France). Sans oublier Scoop.it!
9. Quels sont les sites d’infos et les blogs que vous lisez ?
Je lis ce que les gens tweetent. Donc j’arrive souvent sur Techcrunch, Mashable, TheNextWeb et les grands blogs tech US mais aussi sur tout un éventail de blogs indépendants et moins connus. Pour l’actu, quand j’ai un doute, je vais sur Le Monde. Je continue aussi à lire Wired de temps en temps sur iPad.
10. Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un jeune qui souhaite se lancer dans l’entreprenariat web ?
De commencer par trouver le ou les bons co-fondateurs. Tout passe par là.




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