Le Curator, vers un nouveau mot vide de sens

La curation… vous en avez maintenant -malheureusement- entendu parler.
J’avais moi-même évoqué cette nouvelle tendance en Novembre dernier avec l’arrivée du service Scoop.it. Depuis, cette idée de Curation a pris de l’ampleur en France en arrivant à piquer la curiosité des médias français, ainsi que des observateurs du web de tous bords.
Mais qu’est-ce que la curation ?
C’est l’activité de trier, ordonner, organiser les informations sur un sujet.
Et au final, ce n’est pas une activité si nouvelle que cela.
En effet, depuis des décennies, vous pouvez entendre parler de personnes qui font des revues de presse en entreprise. Que font-ils ? Ils trient, ordonnent et organisent les informations sur un sujet.
Tout comme une personne qui fait de la veille en entreprise : sur de nombreux aspects cela ressemble à cette « nouvelle » activité de curation.
Le problème avec la curation, c’est que ce nouveau terme est maintenant souvent utilisé pour désigner toutes les activités similaires qui l’avaient précédé.
Le curator devient donc maintenant un nouveau community manager dans le sens où il passe soudainement de l’ombre à la lumière, de l’inexistence à une existence un peu trop envahissante.

La Curation : le social bookmarking d’hier, d’aujourd’hui, mais certainement pas de demain
La curation est donc une activité qui ressemble beaucoup à de nombreuses autres et, par conséquent, de nombreux services se réclament soudainement de ce mouvement. Ce n’est pas bête : les créateurs de services comprennent en effet que cette soudaine popularité de la curation pourrait leur être favorable. Ils regardent leur service et se disent : « Hé mais ce que l’on fait, c’est basiquement trier, ordonner et organiser les informations sur un sujet, alors nous sommes un service de curation ».
Tout ça pour être sûrs de surfer sur la vague de ce mot et s’assurer que, lorsque les médias chercheront des informations sur la curation et les curators, leur service sortira parmi les premiers.
Mais au final ils existaient depuis des années et avaient un service qu’ils n’ont jamais considéré comme de la curation.
La curation est donc une activité qui existe depuis très longtemps et qui se présente sous une multitude de formes. Et au final ce que proposent des services comme Scoop.it est une évolution d’usages existants ou plutôt une scission. Je veux dire par là que vous faisiez cela avant sur un service comme Twitter et que vous allez maintenant le faire au travers de Scoop.it.
Avant que Twitter ne fasse évoluer la blogosphère, de nombreux blogueurs fournissaient un travail similaire à cette curation puisqu’il y avait de nombreux blogs thématiques qui rassemblaient les informations sur une thématique spécifique tout en étant très concis et en ne fournissant pas un travail rédactionnel important.
La curation, dans le fait de chercher des liens et de les partager avec ses lecteurs, est donc quelque chose que des millions de
personnes ont fait sur Twitter, sur leur blog, via Delicious, etc. sans jamais se considérer comme des curators.
Et si aujourd’hui ils ont décidé de se considérer comme un curator, on peut déjà voir un effet « community manager » où n’importe qui s’est réclamé community manager dès lors que son travail l’amenait à aller sur Twitter ou Facebook.

Et mis à part cette question terminologique, on voit de plus en plus souvent des personnes qui ont un certain désenchantement autour de ce partage et rassemblement de ressources. J’ai ainsi rencontré des personnes qui avaient cessé de partager leurs trouvailles sur Twitter, juste parce qu’il s’agissait d’une activité demandant un travail important et soutenu (une véritable veille complète en somme) et que celle-ci était réalisée gratuitement là où ce travail de veille est généralement confiné à la sphère de l’entreprise où il profite à une petite équipe (ce qui est un travail payé).
Passer son temps à faire une veille que l’on offre sur Twitter semble ainsi en avoir découragé plus d’un.
Et alors que certaines personnes commencent à engager des curators en entreprise parce qu’il s’agit de la nouvelle tendance après le community manager, ces curators risquent de très vite inonder le marché du travail jusqu’à rendre le terme de curator vide de sens avant même qu’il n’ai eu le temps d’en avoir vraiment un.




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