

Est-ce que tu pourrais te présenter ?
Bonjour, je m’appelle Maïté, mais la plupart de mes amis me connaissent sous le pseudo d’Eskarina.![]()
En ce qui concerne mon parcours universitaire, il n’avait pas grand chose à voir avec le métier que je fais actuellement.
Poussée par ma famille et ma bonne conscience, j’ai donc commencé une prépa littéraire en pensant me préparer aux écoles de journalisme. J’avais toujours ce petit rêve du jeu vidéo dans un coin de ma tête, mais dès le départ nos professeurs nous ont fortement déconseillé cette voie en clamant la précarité de cet emploi et le peu d’embauches à la sortie des écoles… J’ai donc fini par opter pour une spécialisation en langues hispaniques pour terminer un Master complet d’espagnol à l’université. Après ces cinq ans d’études post-bac, j’ai commencé à préparer le concours du CAPES pour devenir professeur d’espagnol. Malgré tout ce que j’avais pu imaginer, cette voie ne m’a pas du tout plu. J’étais très mal dans ma peau et je me sentais totalement déphasée, entre mes désirs personnels et l’avenir professionnel qui se profilait pour moi dans le milieu de l’enseignement. En somme, j’avais l’impression de passer à côté de quelque chose tout en ayant un sentiment de « non-retour » plutôt effrayant. J’ai donc décidé de tout arrêter et j’ai commencé à envoyer des CV pour devenir traductrice
indépendante.
Le jeu vidéo, qui s’était gardé un bon petit coin au chaud dans mon esprit, me fit de grands signes tentateurs. Par « culot », j’ai donc postulé en parallèle dans l’industrie vidéoludique, sans trop y croire. Coup de chance pourtant, on m’a alors rappelée et l’entretien s’acheva sur une embauche en tant que testeuse. Je pouvais enfin toucher au rêve par une voie totalement détournée. Et j’ai encore du mal à y croire aujourd’hui !
Testeur de jeu vidéo ? C’est vraiment un métier ?
Plus sérieusement, il est vrai que le métier de « testeur de jeu vidéo » prête à rêver. Je ne compte plus le nombre de fois où les gens ont d’abord pensé que je me moquais d’eux, puis m’ont demandé si j’étais payée, en CDI ? 35 heures ? Et en général c’est là qu’on me dit que j’ai de la chance. Je n’aurai pas la bêtise de dire le contraire. Mais gare à ceux qui me disent que je suis payée pour jouer : c’est loin d’être la vérité.

Pour vous expliquer ce en quoi mon métier consiste, il faut d’abord mettre deux trois choses au point. Il existe plusieurs types de « testeurs de jeu vidéo ».
D’abord, ceux qui font ça gratuitement ; ce sont des bêta-testeurs ou des play-testeurs qui peuvent le faire depuis chez eux ou qui sont convoqués dans l’enceinte de l’entreprise qui requiert leurs services. Il arrive qu’ils soient récompensés en nature (goodies, etc.). En général, ce type de testeur fait du « play-test » ; c’est à dire qu’il va jouer au jeu dans son ensemble. Au mieux il va traquer les quelques bugs qui s’y planquent, mais il n’aura pas d’outils techniques pour les traiter de façon professionnelle. C’est surtout son ressenti qui va compter pour son employeur, afin de savoir ce qu’il reste à améliorer techniquement, et en terme de « fun » au niveau du gameplay.

Dans l'open-space Dofus dans les bureaux de Ankama
Ensuite, il y a les testeurs en free-lance. Ceux qui sont payés pour le même travail, mais qui disposent des outils techniques et qui vont d’une boîte à une autre pour tester différents softs.
Ensuite encore, il y a les journalistes, ceux qui testent un jeu pour aboutir à une critique. Là, il s’agit totalement de « play-test ». Le journaliste n’est pas là pour traquer les bugs (en principe) mais pour analyser un jeu et son ressenti, pour ensuite émettre un avis qualitatif à transmettre au grand public. Ça aussi, c’est un beau métier. C’est d’ailleurs l’une des voies que j’espère un jour pouvoir toucher de près !
Enfin, il y a « nous ». Les testeurs assignés à résidence. En général ils forment une cellule d’une ou plusieurs dizaines de personnes qui sont employées par une entreprise comme n’importe quel autre salarié. Leurs tests sont plus disciplinés, ils disposent d’outils techniques pour les aider à travailler et surtout : ils sont en contact permanent avec l’équipe de développement, de façon « physique ». Leur travail ne consiste pas uniquement à faire du play-test, même si ça en fait partie. Ils doivent avant tout chercher le bug, le provoquer, parvenir à le reproduire, le comprendre et le décortiquer pour ensuite le faire remonter aux équipes qui pourront le corriger.
(Je pense n’avoir oublié personne)
En ce qui me concerne, je travaille avec une équipe de 7 testeurs coordonnée par un lead qui organise notre travail sur les différents projets. En effet, nous planchons sur plusieurs jeux à la fois et alternons, selon les besoins.
Nous travaillons essentiellement sur des MMORPG, ce n’est donc absolument pas le même traitement que pour un jeu « fini ». En effet, puisque les MMO sont en constante évolution, nous travaillons en permanence dessus et devons rester vigilants à chaque nouvel ajout, à chaque nouveau patch. Car si l’on ne fait pas attention, une toute petite chose peut en faire craquer de plus grosses sans prévenir. Il faut donc être conscient que mon expérience de testeuse n’est sûrement pas la même que celle d’une personne qui a travaillé sur Heavy Rain. Traiter un jeu qui a une dead line fixe et qui ne pourra concrètement plus beaucoup bouger une fois mis en vente n’implique pas du tout les mêmes choses qu’un produit sans cesse en renouvellement. Les méthodes sont différentes, même si la rigueur reste la même.

Ma journée de travail peut être parsemée de nombreuses tâches différentes. Il nous revient par exemple de traiter les patch-notes quand elles nous sont transmises afin de valider la mise en ligne d’un patch en vérifiant point par point les corrections apportées.
Nous dédions certaines de nos journées à la traque de bugs : on va alors autopsier le jeu pour trouver la petite bête, du plus petit bug d’affichage à la plus grosse faille qui fera tout crasher. Il est alors de notre ressort de répertorier tous les problèmes rencontrés dans une base à laquelle ont accès les développeurs. Chaque bug rencontré est rédigé sous la forme d’un billet (comme un post de forum) que nous assignons au développeur qui sera chargé de corriger le problème.
Tu comprendras donc que la communication entre l’équipe de testeurs et de développeurs est primordiale. Il fait partie de notre métier de connaître celui des autres afin de répondre au mieux aux besoin de la production. Mais nous devons aussi savoir faire preuve de diplomatie et d’adaptation, notamment par rapport à l’humeur de nos petits développeurs, afin de leur amener au mieux un problème sans qu’il ne leur prenne des envies de meurtre !
En plus des relations avec l’équipe, celle avec la communauté de joueurs est très importante. Grâce aux forums et au travail des Community Manager, nous pouvons surveiller l’apparition de nouveaux bugs ou de certains qui seraient passés entre les mailles de nos filets.
S’il est de notre ressort de recenser les bugs, il l’est aussi de suivre leur évolution. Ainsi, quand un dév’ fait une correction, nous devons aller vérifier en jeu qu’elle est bien effective.
Il est aussi à notre charge d’effectuer des tests de Quality Assurance, plus techniques, et qui requièrent par exemple de vérifier si l’installation des jeux marchent sur tout un parc de configurations différentes. Je vous épargne les autres procédures bien plus techniques et fastidieuses !
Tu l’auras compris : j’ai des journées bien remplies !

Eskarina et Oujiz de Kiss my Geek à la Convention Ankama 5
L’avatar d’Eskarina présenté tout en haut a été designé par Ulrick Wery
Vous pouvez suivre Eskarina sur Twitter ici.
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