
Il était une fois… à la fin d’un deuxième millénaire où Internet avait de plus en plus fait irruption dans le royaume, un jeune homme prénommé Artefact.
Il s’agit d’une période lointaine, si lointaine que personne n’avait jamais entendu parler du grand Raspoutine (aussi connu sous le nom de Facebook).
Artefact, dans son insouciance juvénile, visitait des forums en tout genre. L’un lui permettait de discuter de sa passion pour les films d’animation et un autre d’échanger sur les livres de science-fiction qu’il lisait avidement lorsque son ordinateur était endormi… tapi dans l’ombre de son salon.
A l’époque, Artefact était plutôt apprécié des communautés qu’il fréquentait. Ces forums étaient peuplés de figures sympathiques qui répondaient à des noms comme Inferno59, Wolfing-a-ding, ou le Chapelier fou.
Cela semblait donc absolument normal que personne ne sache rien du jeune lycéen qui se faisait appeler Artefact. Artefact se réinventait chaque soir derrière ce rassurant pseudonyme qui lui permettait de parler de ses états-d’âme à des oreilles compréhensives et anonymes.
Dans toutes histoires, il y a un élément perturbateur… cette fois il se présenta sous la forme d’une personne prénommée PaulAtreide23 qui avait ouvert un sujet traitant de Stephen King.
Stephen King ?!? Dans un forum de discussions traitant de la science-fiction ? Erreur monumentale. Stephen King écrit du fantastique, pas de la science-fiction.
Artefact envoya son désaccord sous la forme de 512 caractères (puisqu’à l’époque, montrer son désaccord n’était pas limité à 140 caractères).
PaulAtreide23 persista… et signa (anonymement).
La suite n’a que peu d’importance (les propos s’envenimèrent), et c’est surtout le résultat qui est primordial : Artefact fut banni.
Banni du forum de sciences-fiction… il erra sur d’autres forums pendant plus de deux jours.
Au terme de ces deux longs jours, Artefact retourna sur le forum et, incapable de se connecter pour voir et répondre à toutes les discussions… il se créa un nouveau compte sous le nom de Pim’s Framboise. Qui pourrait se douter que Artefact, le grand banni du forum s’était dissimulé sous ce nom acidulé ?
A partir de là, Artefact/Pim’s Framboise osa encore davantage émettre des critiques, des idées qui pourraient être choquantes.
Pim’s Framboise fut banni, son nouvel avatar, Iscariote, le fut aussi. Mais Artefact ne s’en inquiétait que peu.
Quelques années plus tard, Facebook est né. Et quand on lui demanda son Prénom, puis son Nom de famille… Artefact remplit les champs sans se poser de questions, comme tout le monde.
Matthieu Dupuis commença donc à rechercher ses amis.
Il ajouta les personnes qu’il connaissait du collège, du lycée, puis de la faculté. Il adorait passer du temps à lire ce que ses amis faisaient.
Et lorsqu’il vit que son amie Aline était passé du statut “en couple” à “célibataire”, Matthieu n’hésita pas une seule seconde avant de cliquer sur le bouton “J’aime” et d’ajouter ce commentaire :
“Youhou, de retour sur le marché. Qu’est-ce que tu fais ce soir ?”
La jeune fille en question lui répondit :
“En réalité, mon petit ami a été écrasé par une une voiture il y a quelques mois. Je suis juste venu ici pour changer mon statut, mais je ne m’en suis toujours pas remise. Désolée”.

Cette histoire (malheureusement tirée de faits réels), est un bon exemple qui montre à quel point une erreur comme celle-là, va nous suivre bien plus qu’auparavant.
Pas question de disparaître et de remettre les compteurs à zéro sous le pseudonyme de Pim’s Framboise.
Comme le fait remarquer la personne qui a commenté cette histoire “nice one, asshole” / “bien joué, trou du cul”… tous les amis de ce Mike seront en mesure de savoir à quel point leur “ami” Facebook… eh bien… est en effet bel et bien un trou du cul.
Lors d’une conférence, j’avais rencontré quelqu’un qui parlait du web qui avait toujours été un monde de planqués.
Aujourd’hui nous sommes passé d’une époque où les personnes se réinventaient sur Internet derrière un pseudo, un avatar, une attitude… à une époque de personal branding où l’on se montre sous sa véritable identité.
Effectivement, sur Facebook, la quasi-totalité des personnes s’inscrivent avec leur véritable nom. Evidemment, inutile de parler des réseaux professionnel de type LinkedIn ou Viadeo où je pense que cela doit avoisiner les 100%.
Sur Twitter, où l’on peut sans problème choisir d’utiliser un pseudonyme… il semble que la plupart des personnes renseignent tout de même le champ “Nom” avec leur véritable identité.
Pour quelles raisons ? Comme je le disais tout à l’heure, il s’agit probablement en partie d’une question de personal branding (travailler sa notoriété personnelle pour acquérir une plus grande crédibilité).
Cela peut être très utile dans la recherche d’un nouvel emploi… les ressources humaines regardent ce que l’on trouve sur vous avant de vous embaucher.
Mais il doit aussi s’agir maintenant d’une habitude… nous avons pris l’habitude de communiquer notre véritable nom et nous prenons moins de précautions qu’auparavant.
Et dans ce cas, il faut faire très attention à ce que l’on dit. Parce que si vous vous retrouvez publiquement à faire une bourde comme notre ami Pim’s Framboise, ou que vous êtes fier d’avoir un blog en votre nom où vous alignez les vidéos où l’on vous voit fumer de la marijuana en déblatérant des blagues racistes… cela risque de vous être défavorable par la suite.
Alors que faire ? N’utiliser que des pseudonymes et ne jamais se montrer ? Cela peut être une mauvaise chose puisqu’un recruteur pourra trouver que, à notre ère digitale, une absence d’information est aussi surprenante qu’une information négative.
Se montrer en contrôlant tout nos faits et traces en ligne ? Cela nous amène à ne prendre aucun risque : à se sur-protéger, ce qui va favoriser l’immobilité plutôt que l’action.
Moralités :
- Les histoires qui commencent par “Il était une fois…” ne se terminent pas forcément bien.
- Il serait facile de dire… il faut faire attention et trouver un juste équilibre entre visibilité et préservation. Mais je pense que l’on sait tous que ce n’est pas aussi facile.
- Et dernière moralité : ne jamais terminer un article par des moralités, il n’y a rien de plus énervant.
Et vous, pensez-vous que l’on peut véritablement parler d’une rupture entre une période de web planqué et de web où l’on se rend visible ?
Articles pouvant vous intéresser
- Ecoutez vos utilisateurs : designez des Volvos Cet article a été rédigé en réponse à No! Never...
- Lorsque les réseaux sociaux se matérialisent dans la réalité Rose a 84 ans. Elle habite une petite maison avec...
- Votre identité numérique est sauve sur les réseaux sociaux Une notion est apparue récemment dans le petit monde des...
- What Internet have made for us I’m not asking question to people I’m meeting for the...
- La Coopol & Les Créateurs de Possibles : réseaux sociaux PS & UMP La campagne de Barrack Obama a laissé rêveur de nombreux...




